Chapitre 3

Réflexion 1 : Écrire dans « l’ordre »

Aujourd’hui, j’écris mon chapitre 3. Les deux premiers sont terminés, envoyés à mon directeur et commentés. J’avais déjà écrit la moitié du quatrième, l’introduction du cinquième et je bloquais. Finalement, je réalise que je préfère les écrire dans l’ordre, envers et contre tout.

Au départ je m’étais dit que je les écrirai au feeling et dans le désordre pour « équilibrer » le style à la fin, pour qu’on ne voit pas trop l’évolution au fil des chapitres. J’avais peur que le premier soit un brouillon puis de trouver ma voix au fur et à mesure avant d’atteindre une sorte de paroxysme dans le dernier.

Finalement je me rends compte qu’ils sont dans le « bon ordre ». Ils suivent le cours de mon année. Plusieurs de mes « personnages » me rendent visite cette année et j’aime assez l’idée d’ancrer leurs chapitres dans une temporalité. Par exemple, mon chapitre 3 mentionne les élections présidentielles françaises (…).

Réflexion 2 : Écrire à l’ère du numérique

La deuxième réflexion de ma journée de rédaction c’est l’influence du numérique sur mon processus de création. Je vous donne quelques exemples : j’ai commencé ce matin par poster une photo de mon troisième « personnage » sur le compte Instagram de @jesuiselles pour me motiver. Une fois que c’est en ligne, que j’ai annoncé mon programme de la journée et que vous êtes plusieurs à liker la photo en question, difficile de faire marche arrière. Ensuite, j’ai réalisé qu’il me manquait une information cruciale pour l’avancée de mon chapitre, j’ai donc écrit un message WhatsApp à mon « personnage » pour avoir sa réponse. Finalement, je procrastine intelligemment en écrivant ce billet de blogue pour permettre à mon cerveau de souffler quelques minutes tout en ayant l’impression de faire quelque chose de relativement pertinent pour l’avancée de ma rédaction.

En conclusion, je suis satisfaite de vivre cette expérience en 2017, avec tous les avantages et les inconvénients des nouvelles technologies. En passant, j’ai trouvé la solution pour éviter les distractions trop fréquentes en période de rédaction : j’ai désactivé les notifications sur mon téléphone. Je dois donc aller dans chaque application (Mails, Messenger, Instagram, etc.) pour vérifier si j’ai un nouveau message, commentaire ou like. Résultat : je me sens deux fois plus coupable lorsque je suis sur mon téléphone, mais j’y vais deux fois moins souvent.

M.M.

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Chapitre 1

Je ne pensais pas que ce serait si dur. J’ai écrit mes trois premières pages, j’ai commencé mon premier chapitre, celui sur ma grand-mère. J’ai écrit une page samedi, j’ai relu treize pages de notes aujourd’hui et j’en ai écrit deux de plus.

Assise sur le rebord de ma fenêtre, à moitié dans la pénombre. J’aime la pénombre. J’écris mieux la nuit. J’ai terminé mon introduction, celle de mon premier chapitre, la « mise en situation ». J’ai planté le décor, je me suis lancée d’une traite, sans trop réfléchir, sans me relire et sans hésiter. J’écris toujours comme ça, d’une traite, comme un besoin.

Le plus difficile c’est que je pense souvent plus vite que je n’écris, je sais où je veux aller, je ne sais pas toujours comment m’y rendre. Je jette ce qui me passe par la tête sur mon clavier, je tapote à toute vitesse, je retiens mon souffle. C’est pour ça que j’écris seule. Si je suis distraite ou interrompue, je perds le fil. Si je perds le fil, je reprends mon souffle. Si je reprends mon souffle, je suis fichue.

Une fois que j’ai planté le décor, je me suis relue. Ces trois premières pages, celles qui changeront sûrement au cours des prochains mois, mais qui m’auront permis de me lancer, celles qui seront suivies par 97 autres pages.

Je me suis relue et j’ai pleuré.

J’ai beaucoup réfléchi ces derniers temps. Je me demandais l’angle que j’allais choisir pour chaque femme, l’élément central de chaque portrait. Je me demandais si elles liraient les portraits, avant, pendant ou après la fin de mon mémoire. Je n’ai cessé de m’interroger sur leurs réactions, comment prendraient-elles ces textes ? Se vexeraient-elles ? M’en voudraient-elles ?

Il y a une chose auquel je n’avais pas pensé. Comment JE vais le vivre ?  Qu’est-ce que ça implique, émotionnellement, d’écrire 100 pages sur les femmes les plus importantes de sa vie ? Où je me situe dans ces histoires ? Qu’est-ce que je vais apprendre et dévoiler sur ma vie ?

Écrire sur elles, oui, mais sur moi aussi. Après tout « Je Suis Elles ».

M.M.

Je suis étudiante à la maîtrise

Mi-février, les vacances de Noël sont terminées. J’ai repris le rythme, refais un break, j’ai reçu de la visite d’Europe pendant une semaine. Pendant ce temps, mon projet de mémoire a (enfin) été accepté. Ça y est, plus d’embuches sur mon chemin, je n’ai plus qu‘à rédiger.

Je me suis dit que c’était le moment pour faire le tri, ré-aménager mon horaire et m’assurer que la rédaction soit ma priorité. J’ai quitté la radio ce matin, celle où je faisais des chroniques sur la danse tous les mercredis. J’ai décidé d’écrire 4 h par jour, 5 jours par semaine, pendant un mois. Certains me disent que c’est beaucoup, d’autres que c’est faisable. Je peux vous dire que cela fait trois jours, j’ai écrit, mais pas une ligne pour mon mémoire.

On dirait que j’ai peur de me lancer, de devoir effacer, recommencer, me relire et me corriger. J’ai peur de ne pas trouver le bon ton, de ne pas réussir à transmettre l’émotion désirée. En ce moment, « J’ai peur de tout, tout le temps » (comme dirait Alain Farah dans son roman graphique La ligne la plus sombre aux Éditions La Pastèque, illustré par Mélanie Baillairgé).

En fait, je réalise que j’ai surtout peur d’une chose, d’être juste étudiante à la maîtrise. Pas gestionnaire de communautés, ni chroniqueuse danse, pas journaliste, ni responsable du développement des publics, juste étudiante. J’ai 25 ans, je travaille depuis mes 14 ans, j’ai toujours fait beaucoup de choses à la fois et cette année… Je suis étudiante à la maîtrise.

M.M.

What’s next?

L’étape tant redoutée du « projet de mémoire » est presque derrière moi – après 1256 versions – je dépose vendredi. J’ai une version finale qui traîne dans un dossier sur mon ordinateur, je suis prête.

What’s next? Pourquoi pas mes trente pages de critique ? Je décide de commencer par mon plan, de repasser au travers, de l’étoffer un peu. Je joue avec mes parties, je les déplace pour vérifier la cohérence de l’ordre choisi, je liste la matière que j’ai déjà sur le sujet, celle que je n’ai pas, mais dont j’aimerais parler. Quand tout à coup, je réalise que j’ai largement de quoi faire cent pages sur la question. J’ai tellement bien étoffer le tout, que je commence même à douter de pouvoir le résumer en trente pages. Je me questionne.

En pleine retraite de rédaction, entourée de chercheurs et de chercheuses, après un atelier sur « Comment rédiger en cinq étapes », je me dis que ça serait – presque – plus facile de faire mon mémoire en recherche. De faire comme tout le monde. Lire, citer, commenter. Opérer de manière méthodique et terminer « dans les temps ». Terminer plus tôt, entrer dans la vie active. Sortir de ma bulle académique.

J’ai trois parties. La première se base sur 40-45 pages d’un essai que j’ai rédigé l’hiver passé (avant de me trouver un sujet de recherche). La seconde partie analyse les procédés employés par Simonet et Calle dans mes deux œuvres à l’étude. La troisième constate deux types de portraits que les auteurs adoptent pour parler de leur mère et conclue sur l’hypothèse d’une écriture genrée.

La troisième partie, c’est aussi les 10-15 dernières pages de mon essai. C’est le sujet qui me trotte dans la tête et qui m’anime depuis presque un an comme potentiel objet de thèse IF/SI/UN JOUR/MAYBE/NEVER je décide de faire un doctorat. Sauf que, tout ça doit tenir en trente pages. Mes trois parties, mes six sous-parties, à raison de dix pages par partie, cinq pages par sous-partie. Je suis complètement perdue.

Quelqu’un peut me rappeler pourquoi j’ai décidé de faire une maîtrise ? Pourquoi en création littéraire ? Comment est-ce que je peux savoir si je vais réussir à « pondre » sept portraits des femmes les plus importantes de ma vie dans les quatre prochains mois ? Est-ce que ça sert à quelque chose de présenter un survol en trente pages sur un sujet qui pourrait en compter le triple ? Est-ce que c’est pertinent de garder une partie de cette matière « de côté » dans le cas d’une thèse potentielle de doctorat ? Est-ce que j’aimerais ça enseigner ? Et si je décide de ne jamais faire de thèse, j’en fais quoi de cette matière-là ? Je la laisse se dégrader dans un coin de mon cerveau ? Je la donne à quelqu’un ? Je l’exploite autrement ? Ou je m’en sers maintenant, en cent pages ? Je laisse tomber la création ? Si je n’avais pas de mémoire à rendre, est-ce que je les écrirai mes sept portraits ?

Bienvenue dans ma tête.

M.M.

PS : Ça risque de ressembler à ça toute l’année, c’est-à-dire qu’à chaque étape réussie, je vais très probablement me mettre des bâtons dans les roues – toute seule – pour ne pas avancer trop vite.

 

Lectures d’automne

Envies, recommandations, coups de cœur, après avoir fait un tour sur le site de la Librairie Le Port de tête, voici ma liste de lecture pour cet automne :

  • Sous la ceinture. Unis pour vaincre la culture du viol écrit par un collectif polyforme sous la direction de par Nancy B.-Pilon (Julie Artacho, Nancy B.-Pilon, Miléna Babin, Sophie Bienvenu, Simon Boulerice, Martin Flamand, Véronique Grenier, Natasha Kanapé Fontaine, Koriass, Gabrielle L. Collard, Marie-Michel Lalonde, Aurélie Lanctôt, Samuel Larochelle, Florence Longpré, Judith Lussier, MC Marquis, Jennifer Sidney, Webster)

Photo : @librairiedeverdun sur Instagram

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Photo : @fanie.demeule sur Instagram

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Photo : Extrait de La ligne la plus sombre @jesuiselles sur Instagram

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Bonne lecture !

M.M.

Dimanche bibliothèque

Journée productive en réflexion. Je travaille sur mon projet de mémoire, un document de cinq à sept pages censé convaincre un jury de la pertinence de mon sujet. Une de ses pages portera sur mon projet de création littéraire, de ce côté, pas de souci, je suis de plus en plus motivée et il commence à prendre forme. Les autres pages expliqueront ma partie théorique – soit un tiers de mon mémoire.

J’ai divisé mes réflexions, mes idées et mes envies en trois sections.

SECTION 1 : L’autobiographie collective de Mathieu Simonet. Il s’agit de mon sujet initial pour ma partie recherche, mais j’ai des doutes. Je voulais centrer mon étude sur son roman « La maternité » qui parle des quinze derniers jours de vie de sa mère. J’aime surtout le processus, le concept de l’autobiographie collective tel que défini par Simonet. J’aime l’idée qu’il parte de soi, de son journal intime, et qu’il bascule – lentement, mais sûrement – vers l’auto-fiction, puis l’autobiographie, pour arriver à l’autobiographie collective. S’inspirant d’entrevues et de témoignages, il réussit une ré-interprétation du « Pacte autobiographique » de Philippe Lejeune. Mathieu Simonet, écrivain/avocat, propose non pas un, mais DES pactes à ses lecteurs.

SECTION 2 : Les portraits de femmes. L’année – scolaire – passée, j’ai rédigé un essai de cinquante pages sur « Qu’est-ce qu’un portrait ? » « Qu’est-ce qu’une femme ? » et « Qu’est-ce qu’un portrait de femme ? » Ce fût un exercice de longue haleine, mais qui a réussi à me captiver, en particulier lors de la rédaction des dix dernières pages. Incapable de définir « le portrait de femme » en dix pages, je décidais de sélectionner des ouvrages dans ma bibliothèque – qui étaient, selon moi, des portraits de femme en littérature – et d’intituler la dernière partie de mon essai « Qu’est-ce qu’un portrait de femme dans la littérature aujourd’hui ? »

SECTION 3 : La question du deuil et le rapport à la mère. Qu’il s’agisse du roman « La maternité » de Mathieu Simonet ou de celui d’Annie Ernaux « Je ne suis pas sortie de ma nuit », l’utilisation de la littérature et de l’écriture en tant qu’outil pour faire son deuil est un procédé qui m’intéresse. Dans la même lignée, j’ai récemment découvert et emprunté « Elle s’est appelée successivement Rachel, Monique, Szyndler, Calle, Pagliero, Gonthier, Sindler. Ma mère aimait qu’on parle d’elle » de Sophie Calle. Tout comme la mère de Mathieu Simonet qui livre ses journaux intimes à son fils écrivain, celle de Sophie Calle confie un carton à sa fille contenant albums photos et journaux intimes. L’un comme l’autre, les auteurs en font des livres-hommages, des livres-souvenirs. Ce qui m’intéresse également c’est la question « Comment écrire sur sa mère ? » Écrire après sa mort, à partir de matériel fourni par la principale intéressée et pour lui rendre hommage semble évident, mais comment écrire sur sa mère, de son vivant, et avec de fortes chances qu’elle le lise ?

Voilà le fruit de ma réflexion du jour qui continue de mûrir et qui donnera, je l’espère, quelque chose d’intéressant potentiellement au carrefour de ses trois sections.

M.M.

Minorité ignorée

J’ai toujours cru que je ne faisais partie d’aucune minorité.

Femme blanche occidentale, francophone, brune, taille et poids moyens.
Je parle anglais et espagnol couramment, j’ai beaucoup voyagé, je fais des études supérieures, je travaille dans une galerie d’art contemporain, mais en communication.

Pourtant, en ce 16 avril 2016, au bord d’un lac à Jouvence, je réalise que je me suis trompée. À commencer par mon domaine d’études, je fais ma maîtrise en langue et littérature françaises option recherche-création à McGill.

J’étudie à McGill depuis bientôt un an en ayant toujours aimé le côté microcosme de cette université bien particulière qui ne « fit » pas avec le reste de la ville, de la province. Une province qui lutte pour l’indépendance du Québec, pour le respect de la langue française. Moi, j’étudie la langue française, mais dans une université anglophone. Je suis un spécimen étrange et francophone sur un campus international et anglophone. Je suis une étudiante internationale, aussi, mais je suis française.

À l’intérieur de mon département, on pourrait penser que je me sente à ma place. Or, j’étudie en recherche-création. Soixante-dix pages sur cent de mon mémoire seront en création littéraire. Seulement trente pages de critique, trente pages théoriques, scientifiques, emploieront le langage universitaire. Le reste ? Libre à moi.

Tellement libre que je me retrouve seule – avec mon directeur de maîtrise – sans cadre, ou si peu. En ce 16 avril 2016, on m’a posé la question des attentes et de la culture du milieu. C’est simple, on attend de moi que je sois capable de lire, de réfléchir, d’analyser et d’assimiler des concepts écrits et inventés par d’autres. On attend de moi que je « suive le troupeau », que je cite les bonnes personnes au bon endroit. On attend de moi un travail « digne du cycle supérieur ». Bien que réalisable sur mes trente pages de critique, aucun de ces critères n’est compatible avec mes soixante-dix pages de création. Aucune des attentes du « milieu » n’a de sens avec les deux tiers de mon mémoire.

Comme si cela ne suffisait pas, j’étudie, je lis, j’écris, je réfléchis et je me questionne sur la place des femmes dans notre société. Je m’intéresse à leurs rôles, l’évolution de ces rôles, à leurs voix, à la portée de ces voix-là.

Tout à coup, je réalise que je suis née minorité. Je suis née femme.

Cela aura pris presque un quart de siècle, mais je crois que je commence tout juste à comprendre ce qu’être une femme implique. Le poids que je porte sur mes épaules, les embuches sur mon chemin, aussi francophone et occidentale que je sois. Je commence à comprendre ce qu’on attend de moi, si peu. J’apprends surtout ce dont je suis capable, ce que je souhaite accomplir, ce que j’aimerais devenir. J’étudie, je lis, j’écris, je réfléchis. Je prends conscience, je décide, je vise (les étoiles).

M.M.